Sirco Ceguro
Du 19 mars au 23 mai 2026From 19 March to 23 May 2026
Vernissage
le jeudi 19 mars 2026 à 18hle Thursday 19 March 2026 à 18h
La première fois que Liv Schulman obtient de l’argent pour faire un film – une bourse de 1000 dollars décernée par une fondation privée pour l’art – elle décide de documenter la perte rapide de cette somme en conversion de devises. La Desaparición (2013) la montre passant de
bureaux de change en bureaux de change à la frontière entre le Brésil, le Paraguay et l’Argentine où l’inflation ne cesse de s'accroître depuis la crise économique des années 2000. À mesure qu’elle perd le contrôle de son argent, l’artiste donne à la caméra des signes de perte
de contrôle d’elle-même, glissant vers un état paranoïaque qui l’empêche de distinguer sa propre conscience de son capital.
La ville devient alors son plateau de tournage favori ainsi qu’un personnage à part entière. Modelée et déformée par son activité économique, c’est un organisme vivant où les acteur·ices sont introduit·es comme des éléments perturbateurs et jouent des êtres profondément perturbés.
Car au cœur des films de Liv Schulman, on trouve les affections psychiatriques ordinaires des populations vivant à l’ère de l’économie de marché. Elles se manifestent dans des corps aux désirs déréglés et des monologues grandioses de mélancolie d’où surgissent des prophéties
post-capitalistes. Ses personnages aliénés, parmi lesquels s’impose la figure du détective-flâneur à partir de la série en trois saisons Control (2011-2016), ne cherchent pas tant leur salut qu’une relation physique avec le réel et, avant toute chose, une signification à ce qu’il est en train de se passer.
Sirco Seguro (que l’on pourrait traduire, en conservant l’inversion des lettres, par “Sirque cécurisé”), a été tourné dans le Microcentro à Buenos Aires, dont les grattes-ciels
aux vitres sans teint renvoient une image identique à n’importe quel quartier d’affaire dans le monde tout en dissimulant une économie au bord de l’effondrement. À l'exception d’une scène d’espionnage, Liv Schulman décide de ne filmer que la surface miroitante des façades. Ainsi l’image montre-t-elle sans cesse le reflet de la mise en scène, laquelle est renvoyée en même temps que la réalité autour, dans un effet de contamination réciproque et de réversibilité dont l’artiste a le secret.
En plus de ce parti pris formel, il est également question de doubles, de simulacres et de spéculation dans l’intrigue centrée sur des produits dérivés d’actions boursières appelés “produits miroirs”. Il s’agit de produits de rem- placement proposés sur le marché quand, à cause d’une économie trop faible par exemple, des sociétés ne disposent pas des droits de vente sur le produit d’origine.Mettant en scène des agents secrets clownesques aux attitudes suspectes quoique passant inaperçues – tout paraîtrait-il normal dans un monde insensé? –, la fiction est diffractée sur plusieurs écrans dans l’espace d’exposition travesti en administration publique tentant de compenser le climat d’austérité par des murs colorés.
Rares sont les œuvres qui décrivent un monde aussi désespéré avec autant d’entrain. À ce stade de la lecture, difficile de retenir ses hanches d’accompagner le tempo de la bande son (conçue par Miguel Garutti) qui confère à l’installation vidéo l'énergie d’un ballet, par delà l’épui-
sement psychique et corporel des protagonistes. Le comique, présent à forte dose dans toute l'œuvre de Liv Schulman, est loin d’être le seul ressort critique ni la seule forme d’émancipation. C’est bien d’un possible changement d'optique puis de mode d’agir dont Sirco Ceguro se fait l’allégorie en remplaçant la notion d’opacité (du pouvoir, de la finance) par celle de réflexion. Et l’on voit bien comment, dans le cycle mortifère de la répétition, de légères variations du reflet peuvent faire apparaître quelque chose d’inattendu.
Julie Portier
bureaux de change en bureaux de change à la frontière entre le Brésil, le Paraguay et l’Argentine où l’inflation ne cesse de s'accroître depuis la crise économique des années 2000. À mesure qu’elle perd le contrôle de son argent, l’artiste donne à la caméra des signes de perte
de contrôle d’elle-même, glissant vers un état paranoïaque qui l’empêche de distinguer sa propre conscience de son capital.
La ville devient alors son plateau de tournage favori ainsi qu’un personnage à part entière. Modelée et déformée par son activité économique, c’est un organisme vivant où les acteur·ices sont introduit·es comme des éléments perturbateurs et jouent des êtres profondément perturbés.
Car au cœur des films de Liv Schulman, on trouve les affections psychiatriques ordinaires des populations vivant à l’ère de l’économie de marché. Elles se manifestent dans des corps aux désirs déréglés et des monologues grandioses de mélancolie d’où surgissent des prophéties
post-capitalistes. Ses personnages aliénés, parmi lesquels s’impose la figure du détective-flâneur à partir de la série en trois saisons Control (2011-2016), ne cherchent pas tant leur salut qu’une relation physique avec le réel et, avant toute chose, une signification à ce qu’il est en train de se passer.
Sirco Seguro (que l’on pourrait traduire, en conservant l’inversion des lettres, par “Sirque cécurisé”), a été tourné dans le Microcentro à Buenos Aires, dont les grattes-ciels
aux vitres sans teint renvoient une image identique à n’importe quel quartier d’affaire dans le monde tout en dissimulant une économie au bord de l’effondrement. À l'exception d’une scène d’espionnage, Liv Schulman décide de ne filmer que la surface miroitante des façades. Ainsi l’image montre-t-elle sans cesse le reflet de la mise en scène, laquelle est renvoyée en même temps que la réalité autour, dans un effet de contamination réciproque et de réversibilité dont l’artiste a le secret.
En plus de ce parti pris formel, il est également question de doubles, de simulacres et de spéculation dans l’intrigue centrée sur des produits dérivés d’actions boursières appelés “produits miroirs”. Il s’agit de produits de rem- placement proposés sur le marché quand, à cause d’une économie trop faible par exemple, des sociétés ne disposent pas des droits de vente sur le produit d’origine.Mettant en scène des agents secrets clownesques aux attitudes suspectes quoique passant inaperçues – tout paraîtrait-il normal dans un monde insensé? –, la fiction est diffractée sur plusieurs écrans dans l’espace d’exposition travesti en administration publique tentant de compenser le climat d’austérité par des murs colorés.
Rares sont les œuvres qui décrivent un monde aussi désespéré avec autant d’entrain. À ce stade de la lecture, difficile de retenir ses hanches d’accompagner le tempo de la bande son (conçue par Miguel Garutti) qui confère à l’installation vidéo l'énergie d’un ballet, par delà l’épui-
sement psychique et corporel des protagonistes. Le comique, présent à forte dose dans toute l'œuvre de Liv Schulman, est loin d’être le seul ressort critique ni la seule forme d’émancipation. C’est bien d’un possible changement d'optique puis de mode d’agir dont Sirco Ceguro se fait l’allégorie en remplaçant la notion d’opacité (du pouvoir, de la finance) par celle de réflexion. Et l’on voit bien comment, dans le cycle mortifère de la répétition, de légères variations du reflet peuvent faire apparaître quelque chose d’inattendu.
Julie Portier
La première fois que Liv Schulman obtient de l’argent pour faire un film – une bourse de 1000 dollars décernée par une fondation privée pour l’art – elle décide de documenter la perte rapide de cette somme en conversion de devises. La Desaparición (2013) la montre passant de
bureaux de change en bureaux de change à la frontière entre le Brésil, le Paraguay et l’Argentine où l’inflation ne cesse de s'accroître depuis la crise économique des années 2000. À mesure qu’elle perd le contrôle de son argent, l’artiste donne à la caméra des signes de perte
de contrôle d’elle-même, glissant vers un état paranoïaque qui l’empêche de distinguer sa propre conscience de son capital.
La ville devient alors son plateau de tournage favori ainsi qu’un personnage à part entière. Modelée et déformée par son activité économique, c’est un organisme vivant où les acteur·ices sont introduit·es comme des éléments perturbateurs et jouent des êtres profondément perturbés.
Car au cœur des films de Liv Schulman, on trouve les affections psychiatriques ordinaires des populations vivant à l’ère de l’économie de marché. Elles se manifestent dans des corps aux désirs déréglés et des monologues grandioses de mélancolie d’où surgissent des prophéties
post-capitalistes. Ses personnages aliénés, parmi lesquels s’impose la figure du détective-flâneur à partir de la série en trois saisons Control (2011-2016), ne cherchent pas tant leur salut qu’une relation physique avec le réel et, avant toute chose, une signification à ce qu’il est en train de se passer.
Sirco Seguro (que l’on pourrait traduire, en conservant l’inversion des lettres, par “Sirque cécurisé”), a été tourné dans le Microcentro à Buenos Aires, dont les grattes-ciels
aux vitres sans teint renvoient une image identique à n’importe quel quartier d’affaire dans le monde tout en dissimulant une économie au bord de l’effondrement. À l'exception d’une scène d’espionnage, Liv Schulman décide de ne filmer que la surface miroitante des façades. Ainsi l’image montre-t-elle sans cesse le reflet de la mise en scène, laquelle est renvoyée en même temps que la réalité autour, dans un effet de contamination réciproque et de réversibilité dont l’artiste a le secret.
En plus de ce parti pris formel, il est également question de doubles, de simulacres et de spéculation dans l’intrigue centrée sur des produits dérivés d’actions boursières appelés “produits miroirs”. Il s’agit de produits de rem- placement proposés sur le marché quand, à cause d’une économie trop faible par exemple, des sociétés ne disposent pas des droits de vente sur le produit d’origine.Mettant en scène des agents secrets clownesques aux attitudes suspectes quoique passant inaperçues – tout paraîtrait-il normal dans un monde insensé? –, la fiction est diffractée sur plusieurs écrans dans l’espace d’exposition travesti en administration publique tentant de compenser le climat d’austérité par des murs colorés.
Rares sont les œuvres qui décrivent un monde aussi désespéré avec autant d’entrain. À ce stade de la lecture, difficile de retenir ses hanches d’accompagner le tempo de la bande son (conçue par Miguel Garutti) qui confère à l’installation vidéo l'énergie d’un ballet, par delà l’épui-
sement psychique et corporel des protagonistes. Le comique, présent à forte dose dans toute l'œuvre de Liv Schulman, est loin d’être le seul ressort critique ni la seule forme d’émancipation. C’est bien d’un possible changement d'optique puis de mode d’agir dont Sirco Ceguro se fait l’allégorie en remplaçant la notion d’opacité (du pouvoir, de la finance) par celle de réflexion. Et l’on voit bien comment, dans le cycle mortifère de la répétition, de légères variations du reflet peuvent faire apparaître quelque chose d’inattendu.
Julie Portier
bureaux de change en bureaux de change à la frontière entre le Brésil, le Paraguay et l’Argentine où l’inflation ne cesse de s'accroître depuis la crise économique des années 2000. À mesure qu’elle perd le contrôle de son argent, l’artiste donne à la caméra des signes de perte
de contrôle d’elle-même, glissant vers un état paranoïaque qui l’empêche de distinguer sa propre conscience de son capital.
La ville devient alors son plateau de tournage favori ainsi qu’un personnage à part entière. Modelée et déformée par son activité économique, c’est un organisme vivant où les acteur·ices sont introduit·es comme des éléments perturbateurs et jouent des êtres profondément perturbés.
Car au cœur des films de Liv Schulman, on trouve les affections psychiatriques ordinaires des populations vivant à l’ère de l’économie de marché. Elles se manifestent dans des corps aux désirs déréglés et des monologues grandioses de mélancolie d’où surgissent des prophéties
post-capitalistes. Ses personnages aliénés, parmi lesquels s’impose la figure du détective-flâneur à partir de la série en trois saisons Control (2011-2016), ne cherchent pas tant leur salut qu’une relation physique avec le réel et, avant toute chose, une signification à ce qu’il est en train de se passer.
Sirco Seguro (que l’on pourrait traduire, en conservant l’inversion des lettres, par “Sirque cécurisé”), a été tourné dans le Microcentro à Buenos Aires, dont les grattes-ciels
aux vitres sans teint renvoient une image identique à n’importe quel quartier d’affaire dans le monde tout en dissimulant une économie au bord de l’effondrement. À l'exception d’une scène d’espionnage, Liv Schulman décide de ne filmer que la surface miroitante des façades. Ainsi l’image montre-t-elle sans cesse le reflet de la mise en scène, laquelle est renvoyée en même temps que la réalité autour, dans un effet de contamination réciproque et de réversibilité dont l’artiste a le secret.
En plus de ce parti pris formel, il est également question de doubles, de simulacres et de spéculation dans l’intrigue centrée sur des produits dérivés d’actions boursières appelés “produits miroirs”. Il s’agit de produits de rem- placement proposés sur le marché quand, à cause d’une économie trop faible par exemple, des sociétés ne disposent pas des droits de vente sur le produit d’origine.Mettant en scène des agents secrets clownesques aux attitudes suspectes quoique passant inaperçues – tout paraîtrait-il normal dans un monde insensé? –, la fiction est diffractée sur plusieurs écrans dans l’espace d’exposition travesti en administration publique tentant de compenser le climat d’austérité par des murs colorés.
Rares sont les œuvres qui décrivent un monde aussi désespéré avec autant d’entrain. À ce stade de la lecture, difficile de retenir ses hanches d’accompagner le tempo de la bande son (conçue par Miguel Garutti) qui confère à l’installation vidéo l'énergie d’un ballet, par delà l’épui-
sement psychique et corporel des protagonistes. Le comique, présent à forte dose dans toute l'œuvre de Liv Schulman, est loin d’être le seul ressort critique ni la seule forme d’émancipation. C’est bien d’un possible changement d'optique puis de mode d’agir dont Sirco Ceguro se fait l’allégorie en remplaçant la notion d’opacité (du pouvoir, de la finance) par celle de réflexion. Et l’on voit bien comment, dans le cycle mortifère de la répétition, de légères variations du reflet peuvent faire apparaître quelque chose d’inattendu.
Julie Portier
Sirco Ceguro, 2026
Affiche
Liv Schulman (*1985, AR) vit et travaille entre Buenos Aires et Paris. Après des études à l’École nationale supérieure d’arts de Cergy, elle a été formée à la Goldsmiths University of London au Royaume-Uni et au post-diplôme des Beaux-Arts de Lyon. Son travail a été présenté au Centre Pompidou, au CRAC Alsace, à la Fondation Ricard, à la Biennale de Rennes, à la Galerie,Centre d’art contemporain à Noisy-le-Sec, et à l’international au Bemis Center For Contemporary Arts aux Etats-Unis, au SixtyEight Art Institute à Copenhague, au Musée Reina Sofía à Madrid, et à Secession à Vienne, notamment.
Liv Schulman (*1985, AR) lives and works between Buenos Aires and Paris. After studying at the National School of Fine Arts of Cergy, she trained at Goldsmiths University of London in the United Kingdom and at the postgraduate program at the School of Fine Arts of Lyon. Her work has been presented at the Centre Pompidou, CRAC Alsace, the Fondation Ricard, the Rennes Biennial, the Galerie, contemporary art center in Noisy-le-Sec, and internationally at the Bemis Center for Contemporary Arts in the United States, the SixtyEight Art Institute in Copenhagen, the Reina Sofía Museum in Madrid, and the Secession in Vienna, among others.
La Salle de bains tient à remercier l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon, l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne et le Musée d'art moderne et contemporain Saint-Etienne Métropole pour leur aide et le prêt de matériel.
L'ensemble de films de Sirco Ceguro a reçu le soutien du centre d'art universitaire Torcuato Di Tella.
L'ensemble de films de Sirco Ceguro a reçu le soutien du centre d'art universitaire Torcuato Di Tella.
La Salle de bains tient à remercier l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon, l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne et le Musée d'art moderne et contemporain Saint-Etienne Métropole pour leur aide et le prêt de matériel.
L'ensemble de films de Sirco Ceguro a reçu le soutien du centre d'art universitaire Torcuato Di Tella.
L'ensemble de films de Sirco Ceguro a reçu le soutien du centre d'art universitaire Torcuato Di Tella.
La Salle de bains reçoit le soutien du Ministère de la Culture DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et de la Ville de Lyon.